Sylvie Kassongo : la terre sous les pieds, l’agriculture dans l’âme !
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Sylvie Kassongo est la promotrice de la ferme Bénéwendé à Diarradougou dans la région des Hauts-Bassins. Née et grandi en Côte d’Ivoire, cette combattante pour la nature a en 21 ans, bâti un véritable empire agricole avec la complicité de sa famille. Dans la ferme Bénéwendé dont elle est la promotrice, aucune spéculation n’est laissée pour contre. La banane plantin, la banane douce, le manioc, le blé, le maïs, le palmier à huile, la papaye, les fruits et légumes, tout y passe !
Née en Côte d’Ivoire, Sylvie Kassongo a passé le clair de son enfance dans les plantations de son géniteur. Si elle estime ne pas encore atteint ce que son père a fait, elle peut tout de même être fière d’être sa digne représentante sur la terre de ses ancêtres.
La Famille in TERRE nationale
« Nous partions tous à l’école mais papa n’hésitait pas à nous emmener pour les travaux champêtres. Lorsqu’on lui fait remarquer que nos amis à l’école seront en avance sur nous, il répondait qu‘il y a le bic pour l’école et la daba pour la terre. Pour lui, on ne peut jamais échouer en empruntant ces deux chemins de la vie », témoigne Sylvie Kassongo. C’est donc dans ce moule que l’actuelle propriétaire de la ferme Bénéwendé a été forgée. Bercée par les fleurs verdoyantes de la nature, elle fini par avoir une passion folle pour la terre. Pourtant, son époux nourrissait le rêve d’avoir une épouse sage-femme, pharmacienne ou coiffeuse.
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En Afrique, peu importe vos qualités et votre situation sociale, vous aurez toujours des préjugés sur votre personne si en tant que femme, vous n’êtes pas mariée. Le mariage est donc sacré et source de fierté pour la famille africaine. Pour faire honneur à sa famille, la jeune fille n’échappera pas à la règle. Cette passion pour la terre qu’elle nourrissait rencontre le premier obstacle qui n’est autre que son époux, Pascal Kassongo sur son chemin : « Lorsque nous sommes rentrés au Burkina, mon mari a souhaité que je fasse autre chose que l’agriculture, notamment la santé, la coiffure. J’ai répondu que moi j’aime le partage. Si je me met au commerce, je ne pourrai pas partager. Je n’ai pas également le temps pour la coiffure. C’est l’agriculture que mon père m’a apprise et c’est ce que je sais faire. Il n’a pas voulu et nous avons passé plusieurs années à se tirailler sur le sujet. Finalement il a compris que je ne ferai rien d’autre si ce n’est l’agriculture. C’est ainsi qu’il m’a accompagné dans mon projet », témoigne dame Kassongo très émue.
Plus qu’une ferme, c’est une véritable école de la vie
La ferme Bénéwendé existe depuis 2003 et emploie 17 personnes permanentes et 40 à la demande. La patronne des lieux dit l’avoir créé pour motiver les jeunes à l’agriculture. Un clin d’œil est fait aux personnes déplacées internes à qui dame Kassongo octroi des portions de terre pour non seulement s’occuper mais également se faire des ressources financières. De 2003 à ce jour, plus de 200 jeunes sont passés par cette école pour se faire une place au soleil.
Dans la ferme Bénéwendé, rien ne se fait au hasard. Un plan de travail est élaboré chaque semaine par le technicien agricole maison et les employés sont divisés en groupe et chaque groupe a une tâche bien précise.
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De la Banane plantin, du palmier à huile, du zaquier, du blé made in Burkina !
Celle-là même qui a passé toute son enfance en Côte d’Ivoire ne pouvait aucunement douter des bienfaits des spéculations côtières. Si certaines personnes estiment que la banane plantin ne peut réussir dans une zone sahélienne comme au Burkina, Sylvie Kassongo a son petit secret : « Moi j’ai toujours dit aux gens d’essayer voir avant d’affirmer que telle ou telle spéculation ne peut pas réussir. » Elle affirme d’ailleurs que le rendement de la banane plantin au Burkina est meilleur qu’en Côte d’Ivoire. Idem pour le palmier à huile qu’elle expérimente actuellement.
La particularité de cette ferme, ce sont les spéculations importées de la Côte d’Ivoire qu’elle réussit à cultiver au Burkina Faso. Plusieurs spéculations ont vu le jour dans cette ferme grâce au dynamisme de la maitresse des lieux. La banane plantin, la banane douce, le manioc, le blé, le maïs, le palmier à huile, la papaye, les autres fruits et les légumes sont cultivés ici sur une superficie de 10 hectares dont 6 sont clôturés.
Bientôt du pain de farine de blé dans la ferme Bénéwendé
Tout comme d’autres agriculteurs, Sylvie Kassongo a commencé la culture du blé en décembre 2023. « J’ai suivi une formation ici au Burkina et au Canada avant de commencer parce que notre gouvernement a la volonté d’accompagner cette production. Nous n’aurons plus besoins d’importer de la farine de blé si nous réussissons ce pari », explique dame Kassongo. Elle ajoute que le couscous et les pâtes alimentaires seront désormais produit au pays des Hommes intègres. « Prochainement, vous allez manger le pain avant de partir de chez nous parce que c’est du concret », foi de Mme Kassongo. Pour sa première expérience, Sylvie Kassongo et son équipe ont emblavé 1 hectare de terre et espère récolter 3 voire 4 tonnes de blé.
« Tout début est difficile. Il faut de la passion et beaucoup d’engagement »
Les débuts ne seront pas un fleuve tranquille à commencer par les railleries et regards espiègles des uns et des autres. « Les gens disaient que l’agriculture n’est pas faite pour les femmes. Tu vas échouer et repartir d’où tu viens », se souvient-elle. Elle va essuyer plusieurs échecs mais comme elle le dit à qui veut l’entendre : « la vie est faite d’échecs. Il faut recommencer chaque fois qu’on échoue. » Motivée par cette assertion, Sylvie Kassongo redouble d’effort. Aujourd’hui, elle est propriétaire d’une dizaine d’hectares de terre emblavée avec une multitude de spéculations.
Aujourd’hui, Sylvie Kassongo ne jure que par la terre et en est très fière : « Je suis très fière et heureuse parce que je vis de ma passion et je peux partager le peu que j’ai. » Maman Kassongo rêve grand pour la génération future. Elle nourrit l’ambition d’ouvrir une école pour la formation des jeunes et des femmes ainsi qu’une usine pour la transformation de ses produits. « En dehors des céréales, ce sont des produits périssables que nous cultivons. Il faut donc une usine de transformation pour avoir une valeur ajoutée à nos produits », fait remarquer maman In TERRE nationale. Elle n’a d’ailleurs pas attendu longtemps pour la transmission de son savoir. Abel Kassongo, l’un de ses fils a une formation en génie plomberie. Il compte installer des forages, des châteaux dans la ferme pour l’arrosage et pallier aux effets néfastes du changement climatique. Bernadette Kassongo, l’une de ses filles est quant à elle, titulaire d’un diplôme en industrie agroalimentaire. Également microbiologiste, Bernadette Kassongo compte mettre son savoir faire au service de la ferme de la famille : « Je compte transformer la papaye en nectar, la banane en jus, le blé en farine infantile pour les enfants. Si Othniel Kassongo a pour vision d’exporter la ferme Bénéwendé à l’international, leur maman Sylvie peut déjà se frotter les mains avec déjà des prix et reconnaissances. Et c’est le Burkina qui en sort gagnant puisque cette ferme sert de site d’expérimentation pour l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles du Burkina Faso (INERA).
Mais malgré cette volonté affichée, des difficultés subsistent. L’accès à la terre reste la principale difficulté de l’équipe de Sylvie Kassongo. Toutefois, elle a bon espoir puisque le ministre de l’Agriculture a promis lui mettre 100 hectares à disposition à Samandeni. « Moi je suis fille de planteur en Côte d’Ivoire. J’ai une passion pour la terre depuis mon enfance. Depuis que je suis rentrée chez moi au Burkina, je me suis mise à la terre parce que pour moi, ce qui peut réussir ailleurs peut l’être ici aussi pourvu qu’on y mette les moyens », foi de dame Kassongo.
A la jeunesse burkinabè, Sylvie Kassongo signe et persiste : « La terre ne ment pas, elle nourrit son homme. Il faut juste un peu de passion et d’engagement. Certaines personnes diront que c’est parce que j’ai la terre que je parle ainsi mais je peux vous assurer que je n’ai pas eu la terre aussi facilement. Nous avons la chance que notre actuel gouvernement pense agriculture. Que ceux qui ont un pied dedans un pied dehors s’engagent avec les deux pieds. C’est ce que tu donne à la terre qu’elle te donne en retour. »
Azonhandé Abel