Budget de l’Etat 2024 : la part budgétaire allouée au secteur de la santé en deçà des engagements du Burkina à l’international

Dans le cadre du projet « Renforcement des bonnes pratiques et des mobilisations citoyennes en faveur de politiques publiques adaptées à la réduction des inégalités au Sahel », le Centre d’Etudes et de Recherche Appliquée en Finance Publique (CERA-FP) en collaboration avec le Réseau des OSC intervenant sur les Finances Publiques (ROSC/FP) a effectué une analyse citoyenne de la Loi de Finances Initiale 2024 du Burkina Faso afin qu’elle serve d’outil de plaidoyer pour la société civile. Cette analyse indépendante qui a pour objectif de faire des propositions qui pourront guider les décisions des autorités dans la prise en compte des besoins des citoyens dans le budget de l’Etat fait ressortir que la part budgétaire (10,18%) accordée au secteur de la santé n’est pas en accord avec l’engagement international ratifié par l’Etat burkinabè.

L’analyse sectorielle du budget de l’Etat, exercice 2024 exposé par le CERA-FP ce mardi 7 mai 2024 au cours d’une conférence publique, montre que les dotations budgétaires des secteurs sociaux de base (santé, éducation, eau et assainissement) sont évaluées à 1.173.658 348.000 CFAsoit 31,77% du budget global. La décomposition par secteur montre que le secteur de la santé dans son ensemble va bénéficier de 376.019.272.000 CFAreprésentant 10,18% du budget total de l’Etat. Le secteur de l’éducation quant à lui reçoit 745.015.981.000 CFA, représentant 20,17% du budget de l’Etat. Le secteur de l’eau et assainissement pour sa part sera doté de 52.623.095.000 CFA, soit 1,42% des dépenses totales de l’Etat en 2024.

Il ressort que la part budgétaire consacrée au secteur de la santé (10,18%) n’est pas en accord avec l’engagement international ratifié par l’Etat burkinabè. En effet, la déclaration d’Abuja de 2001 stipule que le gouvernement de chaque Etat signataire alloue chaque année, 15% de son budget national à la santé. De même, ce ratio est encore largement en deçà de la plateforme revendicative des partenaires sociaux qui réclament 20% du budget pour la santé.

A gauche, Lina Gnoumou, chargée de projet au CERA-FP.

En outre, le secteur agrosylvopastoral bénéficie quant à lui de 4,72%du budget 2024. Un ratio budgétaire qui est largement en deçà de l’engagement de 10% de Maputo ratifié par l’Etat burkinabè. En effet, la déclaration de Maputo de 2003 engage les chefs d’Etat africains à l’allocation de 10% de leur budget à l’agriculture en vue d’assurer la sécurité alimentaire. Pourtant, les autorités du pays se sont lancées dans un ambitieux programme de souveraineté alimentaire à travers l’offensive agrosylvopastorale et halieutique. L’objectif de ce programme est de réduire considérablement la dépendance alimentaire du pays vis-à-vis de l’extérieur. « Il serait alors plus indiqué de relever la part budgétaire du secteur de l’agriculture pour concrétiser les ambitions de ce programme qui sont entre autres l’autosuffisance et la sécuritaire alimentaire », fait remarquer Lina Gnoumou, chargée de projet au CERA-FP.

Hermann Doanio, secrétaire exécutif du CERA-FP

Toutefois, Hermann Doanio, secrétaire exécutif du CERA-FP fait remarquer que le troisième pilier de la Transition, notamment celui consacré à la refondation de l’Etat et à l’amélioration de la bonne gouvernance, contribuera à absorber certaines dépenses des secteurs sociaux de base et surtout celui de la réponse à l’urgence humanitaire. Toute chose qui fait dire au conférencier que « les autorités de la transition ont pris la mesure que la seule voie de paix durable ne réside pas que dans la réponse militaire, mais plutôt dans le développement et la bonne gouvernance. D’où le fort taux budgétaire (70,92%)alloué à la refondation de l’Etat et à la gouvernance.

Cependant, le CERA-FP invite le gouvernement à la mobilisation des apports des populations en nature pour les actions d’investissement (Ex : travaux d’intérêt commun) ; à l’amélioration du rendement de l’impôt par la poursuite des efforts des régies de recettes et l’élargissement de l’assiette fiscale à travers la mise en place effective du cadastre fiscal et l’institution d’un impôt sur la fortune et au développement de mécanismes alternatifs de mobilisation des ressources endogènes à l’image du fonds de soutien patriotique (FSP) et de l’APEC au titre des recettes.

L’institution invite également à la contraction de certaines dépenses budgétaires moins prioritaires afin de réduire considérablement le besoin de financement du budget 2024 (rationalisation de la délocalisation des ateliers, du bail locatif de l’Etat, etc.) ; à la réduction du train de vie de l’Etat à travers une rigueur dans la gestion des ressources mises à la disposition des ministères et leurs institutions, et la rationalisation des dépenses communes interministérielles (DCIM), encore appelées dépenses non affectées. En outre, la réforme de l’administration publique pour plus d’efficacité et d’efficience va contribuer à éviter les déperditions de ressources. Cela pourrait se faire par la mise en place d’une administration publique de résultats en lieu et place d’une administration publique de carrière.

En rappel, le budget initial exercice 2024 s’élève à 3 694,59 milliards FCFA en dépense et 3 019,11 milliards FCFA en recettes, soit un gap de 675,47 milliards FCFA avec une prédominance des recettes propres (92,47%) dans les recettes totales.

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