Suivi budgétaire des dépenses : le Burkina mauvais élève dans le secteur de la santé
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Le niveau d’exécution du budget du secteur de la santé par rapport au montant exécuté du budget de l’état a représenté 10% en moyenne sur la période 2020-2023. Ce qui fait dire au Centre d’Etudes et de Recherche Appliquée en Finances Publiques (CERA-FP) que le Burkina Faso ne respecte pas la norme de 15% du budget à allouer audit secteur voulu par la déclaration d’Abuja de 2001 et qui a été ratifié par le pays.
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Lina Gnoumou, chargée de programme/CERA-FP (à gauche), Hermann Doanio, Directeur exécutif/CERA-FP (au milieu) et Serge Tehegohi, membre du CERA-FP (à droite)
Au Burkina Faso, de nombreux engagements internationaux ont été pris pour une l’augmentation des parts budgétaires destinées à la délivrance des biens et services publics dans les secteurs sociaux de base. Cependant, le rapport de suivi budgétaire des dépenses desdits secteurs sociaux de 2020 à 2024 rendu publique par le CERA-FP ce 14 juin 2024, indique que le pays est un mauvais élève en la matière dans le secteur de la santé.
En effet, le budget alloué au secteur de la santé a été exécuté en moyenne par an de 290,93 milliards de francs CFA sur la période 2020-2023, avec un taux d’exécution moyen annuel de 95% sur la période sous revue. A fin décembre 2023, l’exécution budgétaire est ressortie à 278,05 milliards de francs CFA sur une prévision de 316,54 milliards de francs CFA, soit un taux d’exécution de 88%. Par rapport au montant exécuté du budget de l’état, le niveau d’exécution du budget du secteur de la santé a représenté 10% en moyenne sur la période 2020-2023, d’où le non-respect selon Hermann Doanio, secrétaire exécutif du CERA-FP, de la norme de 15% du budget à allouer audit secteur.
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Membres de l’administration publique et acteurs de la société civile ont pris une part active à la rencontre
Cependant, l’analyse des allocations budgétaires par source de financement indique que l’Etat est le principal pourvoyeur de ressources pour le secteur de la santé avec une contribution moyenne par an de 89%. Toutefois, la part contributive de l’Etat affiche une évolution en dents de scie sur la période sous revue mais reste tout de même au-dessus de 80% des dépenses du secteur de la santé. Les financements extérieurs ont une contribution d’environ 11% au budget de la santé. Cette contribution des financements extérieurs décroît en 2021 et 2024 avec des valeurs respectives de 4% et 11%.
En outre, le montant exécuté du budget de l’état consacré à la santé quoiqu’à un niveau très satisfaisant (95% en moyenne par an) affiche une baisse entre 2021 et 2023. Le taux d’exécution passe ainsi de 97% et 98% respectivement en 2020 et 2021 à 97% et 88% respectivement en 2022 et 2023. Cette situation pourrait s’expliquer selon le CERA-FP par le contexte sécuritaire difficile pouvant entraver l’exécution des investissements dans le secteur de la santé dans les zones à forts défis sécuritaires.
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Par contre, il ressort que la cible de 20% du budget national à allouer au secteur de l’éducation a été respectée sur la période sous revue. L’analyse du budget du secteur montre un budget de l’éducation en baisse en valeur relative mais en augmentation en valeur nominale. Au regard du champs du secteur, le budget alloué au secteur de l’éducation est passé de 630,197 milliards de francs CFA en 2020 à 745,015 milliards de francs CFA en 2024 affichant ainsi un taux de croissance globale de 18,22% et un accroissement annuel moyen de 4,27% sur la période sous revue.
L’analyse du budget du secteur de l’eau et assainissement montre une évolution affichant une tendance à la hausse en valeur nominale mais en évolution de la valeur relative en deux phases sur la période. La première étant une croissance de 2020 à 2022 et la deuxième une décroissance de 2022 et 2024. Au regard du champ de l’analyse, le budget alloué au secteur de l’eau et assainissement est passé de 44,29 milliards de francs CFA en 2020 à 62,386 milliards de francs CFA en 2024 affichant ainsi un taux de croissance globale de 40,86% et un accroissement annuel moyen de 8,94% sur la période sous revue. Toutefois, le budget de la santé a connu une faible baisse entre 2022 et 2024.
Recommandations :
A l’endroit de l’Etat
- Accroitre les dotations au profit de la santé, de l’eau et assainissement et de l’agriculture au regard des défis de développement de capital humain ;
- Instaurer une culture de résultats basée sur les indicateurs smart sectoriels
- Fixer des cibles d’affectation budgétaire par secteur et sur trois ans ;
- Alléger les procédures de passation des marchés ;
- Renforcer la gouvernance ;
- Instaurer dans le calendrier budgétaire la concertation avec les OSC sectoriels ;
- Réaliser un audit social des dépenses concernées.
A l’endroit des OSC
- Renforcer les capacités des OSC sur le budget et l’analyse budgétaire pour un suivi citoyen efficace du budget ;
- Élaborer une stratégie de plaidoyer et de lobbying pour influencer les affectations budgétaires ;
- Réaliser des analyses spécifiques par programme ou actions des secteurs sociaux ;
- Établir un partenariat avec les structures techniques pour faciliter la collecte de données et l’analyse ;
- Elaborer un tableau de bord de suivi citoyen de certains indicateurs sociaux