Budget alternatif exercice 2025 : le secteur de la santé peine toujours à atteindre les 15% conformément à l’accord d’Abuja

Malgré les efforts du gouvernement du Burkina Faso, le budget de l’Etat dans le secteur de la santé peine toujours à atteindre les 15% par rapport à l’engagement international ratifié par l’Etat burkinabè à Abuja en 2001. C’est du moins ce qui ressort de l’analyse du Réseau des OSC intervenant dans le domaine des finances publiques (ROSC-FP) qui a été rendue publique ce lundi 16 décembre 2024 au Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD) à Ouagadougou.

En attendant l’adoption de la loi des finances 2025 par l’Assemblée législative de Transition, le secteur de la santé demeure toujours le parent pauvre et peine à atteindre les 15% conformément à l’engagement de l’Etat burkinabè à Abuja en 2001. En effet, la déclaration d’Abuja de 2001 stipule que le gouvernement de chaque Etat signataire alloue chaque année 15% de son budget national à la santé. De même, ce ratio est encore largement en deçà de la plateforme revendicative des partenaires sociaux qui réclament 20% du budget pour la santé.

En effet, le secteur de la santé bénéficie de 392,979 milliards de francs CFA soit 10,07%  du budget. En ce qui concerne le secteur de l’éducation, il bénéficie de 774,676 milliards de francs CFAsoit 19,84%du budget.Cette part budgétaire est en deçà de l’engagement du forum de Dakar de 2000 et largement en deçà de la plateforme revendicative des partenaires sociaux qui réclament 30% du budget pour l’éducation.

Quant au secteur ‘’Environnement, eau et assainissement’’ il bénéficie de 175,306 milliards de francs CFA, soit 4,49%du budget. Ce taux est en dessous de l’engagement de5%pour ce secteur. «La faiblesse des ressources allouées à ce secteur n’est pas de nature à permettre une fourniture adéquate des services en eau et d’assainissement à la population afin de parvenir à un accès universel à l’eau et aux services d’assainissement », fait remarquer Hermann Doanio, secrétaire exécutif du Centre d’étude et de recherche appliquée (CERA-FP).

Le secteur agropastoral bénéficie quant à lui de 157,175 milliards de francs CFAsoit 4,03% du budget 2025, Le ratio budgétaire est largement en deçà de l’engagement de 10% de Maputo ratifié par l’Etat burkinabè en 2003. Pourtant, les plus hautes autorités du pays se sont lancées dans un ambitieux programme de souveraineté alimentaire à travers l’offensive agrosylvopastorale et halieutique. L’objectif de ce programme étant de réduire considérablement la dépendance alimentaire du pays vis-à-vis de l’extérieur.

Quant au secteur de la protection sociale, l’analyse révèle que l’ensemble des mesures de protection sociale représenteront 74,110 milliards de francs CFA soit1,91% des dépenses totales. Cette part budgétaire est faible et ne permet pas de fournir de façon conséquente des services ou mesures d’assistance sociales aux populations.

Un autre secteur d’intérêt de l’analyse concerne la sécurité. Il ressort que le budget de la sécurité sera de 20,71% du budget en 2025. C’est le secteur le mieux doté en ressources budgétaires en 2025. Cela traduit en chiffres l’importance accordée à ce secteur par les autorités nationales.

Cependant, l’analyse du projet de loi de finance initiale exercice 2025 révèle que l’environnement international, sous-régional et national qui se présente à l’économie du Burkina pour 2025 bénéficiera de tendances favorables. Notamment une hausse du taux de croissance de l’économie tant au niveau mondial qu’au niveau sous-régional et national, avec en perspective, un taux de croissance économique national de 6,5% en 2025 contre 5% en 2024 ; une baisse du taux d’inflation mondial et national. Avec une inflation au niveau national de 2% en 2025 contre 2,9% en 2024 ; une hausse du cours de l’once d’or pour atteindre un niveau en 2025 de 2 121,1 dollars/once ; une baisse du cours du baril de pétrole se stabilisant en dessous de 77dollars/baril en 2025 ; un maintien du cours du dollar en 2025 à 606,9 FCFA.

Les tendances défavorables consisteraient principalement à l’aggravation des tensions géopolitiques ; l’accentuation de la crise humanitaire du fait de la mauvaise répartition de la pluviométrie ; l’inaccessibilité de certaines zones du fait de la situation sécuritaire délétère pourrait réduire la collecte de l’impôt dans ces localités.

En outre, l’encours de la dette est assez préoccupant selon Hermann Doanio. Il est estimé à 7 313,3 milliards de FCFA au 30 juin 2024 contre 6 947,6 milliards de FCFA au 31 décembre 2023, soit une hausse de 5,3%. La dette intérieure représente 57,4% de l’encours total. « Aussi, l’apurement d’une grande partie de la dette intérieure pourrait permettre de dynamiser les entreprises et renforcer leurs capacités d’investissement afin qu’elles puissent porter les contrats de partenariat public privé en toute sérénité », fait-il remarquer.

De tous ces constats, le ROSC-FP recommande au titre des recettes, l’imposition des grands producteurs agricoles et des grands éleveurs ; l’intégration de la possibilité pour le contribuable rural de payer en nature (céréales ou animaux) ; l’imposition des agences immobilières qui gèrent souvent des baux locatifs pour les particuliers ; le recensement et l’imposition des résidences hôtelières, la pratique s’est largement répandue ces dernières années ; la rationalisation des avantages fiscaux ou mesures fiscales dérogatoires en faveur du secteur minier surtout le remboursement des crédits TVA qui viennent réduire significativement les recettes minières. Cela pourrait se faire en autorisant aux sociétés minières bénéficiaires, le paiement de certains impôts sur ces remboursements ; le retrait de l’exonération des cimenteries de la taxe spécifique sur le ciment destiné à l’exportation. Pour la société civile, « l’État ne peut pas perdre de l’argent pour que les entreprises soient compétitives à l’extérieur.»

Au titre des dépenses, la rationalisation des ateliers / missions pour autoriser les ateliers et les missions qui méritent effectivement des déplacements. Si l’objet de la mission est une tâche régalienne des agents, la mission ne devrait pas être autorisée (écriture de TDR, amendement de documents, traitement de dossiers administratifs, etc…) ; la rationalisation de l’acquisition des véhicules pour l’administration par une gestion plus rigoureuse du parc automobile de l’État ; la mise en place du parc des experts et officiels dédié aux déplacements des personnalités de l’État ; la réduction des cortèges officielles entraînant une réduction des frais de missions et des frais de carburant ; la rationalisation des charges de fonctionnement des EPE / EPA et sociétés d’Etat.

Au titre des priorités nationales, assurer une dotation conséquente au profit du CNAMU pour permettre la prise en charge effective des personnes vulnérables ; la reprise des compétences concernées par l’Etat du transfert des ressources aux collectivités territoriales  ; la mise en œuvre effective de la stratégie de réconciliation nationale et de promotion de la cohésion sociale ; l’accroissement des parts budgétaires des secteurs sociaux (santé, éducation, AEPA, agriculture, protection sociale) qui sont toutes en deçà des engagements nationaux et internationaux ; le renforcement de la transparence et la redevabilité dans la gestion des fonds alloués aux secteurs prioritaires (sécurité et défense, santé, éducation, eau et assainissement, agriculture) et l’amélioration de l’accès aux données budgétaires ouvertes pour faciliter le suivi par les OSC ; l’apurement de la dette intérieure afin de dynamiser les entreprises et renforcer leurs capacités d’investissement et leur permettre de porter sereinement les contrats de partenariat public privé ; la définition d’actions claires avec un budget à part entière pour le pilier 4 du PA-SD.

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