Campagne agricole 2023-2024 : l’accès difficile à la terre et aux intrants, un véritable casse-tête pour les producteurs des Hauts-Bassins
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La campagne agricole 2023-2024 a été lancée le 19 mai 2023 au Burkina Faso. Nonobstant les efforts du gouvernement, des goulots d’étranglement demeurent pour l’atteinte des objectifs de l’autosuffisante alimentaire. Dans la région des Hauts-Bassins, les producteurs sont toujours confrontés à l’accès difficile des intrants et des terres cultivables. C’est le constat fait par une dizaine de journalistes du Club des Journalistes et Communicateurs pour la Nutrition et la Sécurité Alimentaire (CJCN-SA) sous le leadership de la Confédération paysanne du Faso avec l’appui financier de l’ONG OXFAM.
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Les différents sites visités par les hommes et femmes des médias a permis d’apprécier la situation de mise en œuvre de la campagne agricole humide et les attentes des producteurs à la fin de la campagne sèche. En somme, il s’est agi de recueillir l’appréciation des producteurs sur la situation alimentaire, l’accès effectif aux intrants par les producteurs, l’approvisionnement des marchés territoriaux, les besoins et les attentes de ceux-ci à l’endroit du gouvernement et ses partenaires techniques et financiers.
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Aboubacar Bruno Kara, agent technique d’agriculture spécialisé IAT de Nabadogo
Première étape de ce périple, la ferme aménagée de Savili située à 7 km de Nabadogo. Un site de 42 hectares réhabilité par le Projet d’Appui Régional à l’Initiative pour l4irrigation au Sahel (PARIIS). Sur ce site, ce sont 30 hectares de maïs, 4 hectares de blé, 8 hectares d’oignon et d’autres spéculations telles que la tomate, les choux, le poivron etc. qui ont été produits pour le compte de la campagne agricole sèche 2023-2024. Une récolte satisfaisante selon Aboubacar Bruno Kara, agent technique d’agriculture spécialisé IAT de Nabadogo.
« L’accès difficile aux intrants plombe l’atteinte à l’autosuffisance alimentaire »
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Mamounata Zida, productrice de tomate et autres légumes à Savili
Mamounata Zida, productrice de tomate et autres légumes s’estime satisfaite également de sa récolte parce que cela lui permet de subvenir à ses besoins. Toutefois elle évoque des difficultés liées à l’accès à l’eau et aux intrants. « Il est très difficile pour les petites productrices comme nous d’avoir même un plat d’engrais encore moins les pesticides », déplore la jeune dame rencontrée dans la ferme aménagée de Savili. Un autre producteur évoque la question de l’écoulement des récoltes. A l’entendre, ils sont obligés de vendre à vil prix pour subvenir aux besoins vu qu’il n’y a pas autres solutions.
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« C’est surtout l’accès aux intrants qui est un vrai casse-tête pour nous. Lorsque le gouvernement donne les intrants, même si ça vient en retard, certaines personnes haut-placées s’en accaparent. Il vous faut au moins 6 sacs d’engrais pour 1 hectare de banane et on vous donne 10 sacs pour 3 à 4 hectares. Ce qui nous obligent à partir vers les commerçants qui sont trois fois plus chers et de mauvaise qualité », fait remarquer Siaka Sanou, un incubé de la CPF et membre de l’Union nationale des producteurs de banane.
Le technicien agricole Bruno Kara, reconnait les difficultés que rencontrent les producteurs, notamment liées aux maladies (attaques des chenilles etc.) non traitées et l’accès difficile et insuffisant d’intrants.
L’accès à la terre, le changement climatique, un véritable casse-tête !
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Sylvie Kassongo, responsable de la ferme Bénéwdendé
Dans la ferme Bénéwendé de la Famille Kassongo à Diarradougou dans la commune rurale de Bama, plusieurs spéculations ont vu le jour grâce au dynamisme de la maitresse des lieux, Sylvie Kassongo. La banane plantin, la banane douce, le blé, le maïs, le palmier à huile, la papaye, les autres fruits et les légumes sont cultivés ici sur une superficie de 10 hectares dont 6 sont clôturés.
La particularité de cette ferme, ce sont les spéculations importées de la Côte d’Ivoire qu’elle réussit à cultiver au Burkina Faso, notamment la banane et le palmier à huile. « Moi je suis fille de planteur en Côte d’Ivoire. J’ai une passion pour la terre depuis mon enfance. Depuis que je suis rentrée chez moi au Burkina, je me suis mise à la terre parce que pour moi, ce qui peut réussir ailleurs peut l’être ici aussi pourvu qu’on y mette les moyens », foi de dame Kassongo. Malgré cette volonté, des difficultés subsistent. L’accès à la terre reste la principale difficulté de l’équipe de Sylvie Kassongo. Toutefois, elle a bon espoir puisque le ministre de l’Agriculture a promis lui mettre 100 hectares à disposition à Samandeni.
Face au changement climatique, les producteurs développent la méthode de l’irrigation artificielle. Mais là encore, des difficultés liées au matériel plombent la bonne productivité des agriculteurs. « Nous n’avons pas de problème pour la consommation mais la difficulté c’est au niveau de l’écoulement. Nous n’avons pas de matériel de labour», ajoute Siaka Sanou.
L’écoulement des fruits et légumes, un os dans la gorge des commerçants !
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Noufou Konfé, commerçant d’oignons au marché de fruits et légumes de Bobo-Dioulasso
Au marché de fruits et légumes de Bobo-Dioulasso, le constat est amer. Noufou Konfé est commerçant d’oignons. Selon lui, la mauvaise qualité des engrais et semences sont la cause de la pourriture de cette spéculation qui pourtant est très essentielle et prisée par les consommateurs. « L’Oignon vient bien propre mais quelque temps après, ça se gâte à cause de la mévente, donc c’est un peu compliqué pour nous », fait-il remarquer.
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Mohamed Barro, commerçant au marché de fruits et légumes de Bobo-Dioulasso
« Malgré la morosité du marché, nous sommes là malgré nous-même espérant des lendemains meilleurs. La mangue est une denrée périssable et vu qu’il n’y a pas de vente, c’est à nos risques et périls. Surtout que depuis la saison des mangues, il y a une sorte de maladie des mouches qui ne permet pas une bonne conservation. C’est un phénomène qui s’observe chaque année mais nous n’avons pas de solution à notre niveau. Ce problème fait qu’il n’y a pas assez de mangues encore moins la vente. Nous sommes livrés à nous-même seulement », explique Mohamed Barro, commerçant au marché de fruits et légumes de Bobo-Dioulasso.
Que faire pour y remédier ?
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Soumaïla Sanou, agriculteur, secrétaire général de l’Union provinciale des sociétés coopératives avec conseil d’administration des professionnels agricoles du Houet
« En vue de remédier aux difficultés liées à l’écoulement des productions, notre groupement fait la collecte primaire des récoltes auprès de ses membres, ensuite une mise en marché collective et l’union rachète les surplus des producteurs pour en faire une mise en marché collective. Etant donné qu’en plus de la mise en marché collective, nous visons également le marché institutionnel qui a de meilleurs prix, certains producteurs nous confient leurs produits pour la vente », relève Soumaïla Sanou, agriculteur, secrétaire général de l’Union provinciale des sociétés coopératives avec conseil d’administration des professionnels agricoles du Houet. Il ajoute que la Banque agricole devrait être l’institution financière au service des producteurs.
Selon M Sanou, depuis sa création, cette banque s’est alignée avec les banques classiques. Ce qui ne favorise pas vraiment les agriculteurs. M. Kara pour sa part, invite le gouvernement et ses partenaires à aider considérablement les producteurs pour atteindre l’objectif de l’autosuffisance alimentaire.
Abel AZONHANDE